Ecriture et Connaissance

" C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. Ma peinture est un espace de questionnement où les sens qu’on lui prête peuvent se faire et défaire. Parce qu’au bout du compte, l’oeuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni ce qu’elle est, ni celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Je ne demande rien au spectateur, je lui propose une peinture : il en est le libre et nécessaire interprète."

Pierre SOULAGES.

Pour une critique d’art sensible

Mon propos, en publiant des articles, est double. Il est, d’une part, de contribuer à l’émergence d’une critique d’art qui a longtemps fait défaut et qui se doit d’accompagner le travail des plasticiens pour les révéler à un public qu’il convient par ailleurs d’éclairer. Il est aussi de rendre compte de l’actualité artistique en Guadeloupe, en particulier dans le domaine de l’art contemporain. Et de situer cette activité en lui offrant des ouvertures littéraires. Dans une mise en relation relevant de la « rencontre », telle que la concevait GLISSANT.

Totalement indépendant, mon travail d’écriture ne vise ni à l’exhaustivité ni à l’objectivité. Elle découle de choix librement assumés. Celui de parler ou non d’un artiste au travers d’un événement en est un. Celui d’afficher ouvertement ma subjectivité, en dévoilant la nature même de l’émotion éprouvée devant telle œuvre, en est une autre. Celui aussi, propre au genre littéraire qu’est l’essai, de laisser ma pensée vagabonder librement « par sauts et gambades », pour reprendre des termes employés par MONTAIGNE.

Quels sont les principes qui guident mon écriture ? Je dirai d’abord que mon approche procède de la réception d’une œuvre et des résonnances, toujours personnelles, que celle-ci fait naître.  Que cette approche procède par questionnements, par hypothèses successives. Par le biais de ma réflexion critique, je postule à la co-réalisation d’une œuvre qui échappe de fait à son créateur. Je fais le défi de lui donner sens. Non pas en révélant son sens, mais en lui donnant un sens possible parmi d’autres, un sens qui sera le résultat d’une construction. Et dans lequel le contexte (spatial, temporel ou même la mise en scène choisie) joue lui aussi un rôle.

J’ajouterai enfin que vouloir définir les caractéristiques de pratiques artistiques que l’on pourrait qualifier de guadeloupéennes ou de caribéennes ne saurait se réduire, sans tomber dans des stéréotypes, à l’illustration d’un certain nombre de thèmes.  C’est en cherchant à atteindre la singularité de chaque artiste que l’on peut au contraire espérer percevoir une façon d’être au monde qui appartiendrait en propre à ces artistes.        

La posture de critique d’art qui est la mienne ne saurait donc se confondre avec celle du journaliste, ni avec celle de l’historien d’art ou même avec celle d’un théoricien. Mon écriture ne rend pas, non plus, compte des propos que l’artiste pourrait lui-même tenir sur sa création. Elle peut l’éclairer parfois, elle peut aussi le surprendre, voire même le dérouter, suscitant à son tour de nouveaux questionnements. Et en ce sens, il s’agit bien pour le critique d’établir un dialogue avec l’artiste. Un dialogue entre la création et sa réception –plurielle si possible-, puis entre cette réception et de nouvelles créations.  Selon une esthétique qui, superposant les strates,  relève du palimpseste. Ou encore du pli, cher à DELEUZE.

                                                                                                                    Scarlett JESUS, décembre 2012.

                                                              

 

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